Il est des gemmes, nées des entrailles de la Terre, dont l’éclat transcende les siècles. Le Régent, joyau incomparable de la Couronne de France, occupe une place éminente, tant par ses qualités naturelles que par son histoire singulière.
Des profondeurs de Kollur : la naissance du Régent
Situées au sud-est de l’Inde, près des rives du fleuve Krishna, les mines de Kollur étaient alors parmi les plus réputées. Elles témoignaient de la maîtrise ancienne des artisans indiens dans l’art de l’extraction et de la taille, de l’actif commerce des gemmes, et de la vitalité culturelle et économique de cette région bien avant l’arrivée des puissances coloniales. Du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle, plusieurs des plus célèbres diamants du monde, tels le Koh-i-Noor et le Diamant bleu de la Couronne furent extraits de ces mines.
En 1698, un mineur anonyme révéla une merveille : un diamant brut de 426 carats. Dans les comptoirs de Golconde, épicentre du commerce des gemmes, sa pureté exceptionnelle attira immédiatement admiration et convoitises. Nobles, négociants et aventuriers s’y pressaient, mus par la quête de la beauté absolue, du prestige ou du profit.

L’art lapidaire au service de la perfection
Le destin du diamant bascula lorsque Thomas Pitt (1653-1726), gouverneur du Fort Saint-George à Madras, l’acquit vers 1701-1702 auprès d’un négociant du nom de Jamchand, pour la somme considérable de 20 400 livres sterling (environ 550 800 livres tournois soit près de 4,8 millions d’euros actuels).
Acheminée de l’Inde jusqu’à Londres par son fils Robert Pitt (1680-1727), sur un navire de la Compagnie des Indes orientales, la pierre fut confiée au lapidaire Harris.
Elle fut minutieusement taillée en coussin brillant, entre 1704 et 1706, selon une technique innovante née dans les ateliers vénitiens qui maximise la réflexion de la lumière. Sa couleur, dite « première eau », correspond à la plus haute qualité de blancheur. Plusieurs pierres secondaires furent également extraites du diamant brut et ultérieurement cédées, notamment au tsar Pierre le Grand de Russie (1672-1725).
Pesant 140,64 carats, le Régent devint un parangon d’équilibre et d’élégance, qui allait être admiré dans toute l’Europe.
Thomas Pitt proposa le diamant à plusieurs Cours d’Europe mais une dizaine d’années s’écoulèrent avant de trouver preneur.

Le Régent et la monarchie française

En 1717, sous la Régence du duc Philippe d’Orléans (1674-1723), la France fit l’acquisition du diamant pour la somme de 650 000 livres tournois (soit plus de 5,6 millions d’euros actuels). Il prit alors le nom de « Régent ».
Le prix payé par la France, souvent jugé élevé, reflétait en réalité la valeur du diamant après sa taille, les autres débours et les risques encourus. Quant au profit de Thomas Pitt, il fut judicieusement assuré par la valorisation des pierres secondaires issues du diamant brut, selon une pratique avisée du négoce de pierres précieuses.
À l’instar de la construction du château de Versailles, l’intégration de la gemme à la collection de la Couronne ne relevait pas du simple goût pour l’exception : elle traduisait la volonté affirmée du royaume de France de montrer sa magnificence, son raffinement et sa richesse.
Le prestige ainsi conféré à la monarchie servait autant la politique intérieure du pays que la diplomatie, facilitant la conclusion d’alliances et stimulant le développement du commerce.
C’est dans cet esprit que Louis XV (1710-1774) porta le Régent pour la première fois en 1721, lors d’une cérémonie en l’honneur des ambassadeurs ottomans, faisant de la pierre un instrument éclatant de rayonnement et d’influence internationale.
« Il est si parfait qu’il passe pour le plus beau diamant du monde »
L’Encyclopédie Diderot et Dalembert – Orfèvrerie-Joaillerie
Emblème du prestige royal et impérial
Au fil des règnes, le Régent a accompagné les souverains dans les moments solennels. Il fut tour à tour l’un des joyaux favoris de la reine Marie Leszczynska (1725-1768), de la reine Marie-Antoinette (1755-1793) et de Louis XVI (1754-1793) qui fut un monarque éclairé, un roi érudit et vertueux, ainsi qu’un fervent croyant.
Sous l’Empire, il fut serti sur l’épée du Premier consul Bonaparte, puis sur l’épée du sacre de Napoléon Ier (1769-1821). Il orna le diadème de l’impératrice Eugénie (1826-1920), épouse de Napoléon III (1808-1873).
Vers un nouveau chapitre
Symbole étincelant de la monarchie française, le Régent a traversé les aléas des siècles, partageant ses épreuves et sa grandeur. Volé à plusieurs reprises, temporairement exilé en Autriche, caché pendant les guerres, mis en gage pour soutenir les finances de l’Empire, il a maintes fois frôlé la disparition.
Aujourd’hui, ce diamant d’exception rayonne au sein du palais du Louvre, qui fut longtemps une résidence royale et abrite désormais le célèbre musée. Il bénéficie d’un somptueux écrin : la Galerie d’Apollon.
Le Régent, joyau de la Couronne de France, chef-d’œuvre de la Nature et de l’art lapidaire, illumine ce lieu hautement symbolique, qui sait de quel destin il sera encore le témoin silencieux ?

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